Une porte de secours condamnée par un meuble, un couloir encombré de cartons, un pictogramme illisible… Ce sont des situations courantes lors des visites de commissions de sécurité. Pourtant, les voies et issues de secours sont le dernier rempart entre vos occupants et le danger. La réglementation est claire, les obligations concrètes.

Ce que dit la réglementation française

Les voies et issues de secours relèvent de plusieurs textes qui s'articulent entre eux. Pour les établissements recevant du public (ERP), le règlement de sécurité contre l'incendie (arrêté du 25 juin 1980 modifié) fixe les exigences selon le type et la catégorie de l'établissement. Pour les lieux de travail, c'est le Code du travail (articles R. 4216-1 et suivants) qui s'applique, complété par l'arrêté du 5 août 1992.

Ces textes imposent notamment :

  • Un nombre suffisant de sorties de secours adapté à l'effectif maximal
  • Des dégagements libres de tout obstacle en permanence
  • Une largeur minimale des circulations (unité de passage de 0,60 m)
  • Un accès direct vers l'extérieur ou vers un espace protégé

La règle fondamentale : une issue de secours doit permettre une évacuation rapide sans connaissance préalable des lieux. Un occupant qui découvre votre bâtiment pour la première fois doit pouvoir sortir en sécurité, de nuit comme de jour.

Dégagement libre : une obligation permanente, pas ponctuelle

C'est l'infraction la plus relevée lors des contrôles. Un couloir dégagé aujourd'hui peut être obstrué demain si les équipes ne sont pas sensibilisées. La réglementation est formelle : les voies de circulation menant aux sorties doivent rester praticables à tout moment.

Concrètement, cela interdit :

  • Le stockage temporaire dans les couloirs ou les cages d'escalier
  • Les portes de secours verrouillées à clé sans dispositif de déverrouillage rapide
  • Les portes condamnées définitivement, même en dehors des heures d'ouverture
  • Les obstacles ponctuels : rolls, chariots, présentoirs laissés en dehors des horaires

Pour les ERP comme pour les entreprises lyonnaises ou montpelliéraines, la responsabilité du chef d'établissement est engagée dès lors qu'un occupant ne peut pas évacuer rapidement. En cas d'accident, l'obstruction d'une voie de secours constitue une faute caractérisée.

Le cas des portes anti-panique

Les portes équipées d'une barre anti-panique (ou dispositif similaire) doivent s'ouvrir dans le sens de l'évacuation par simple pression. Elles ne doivent jamais être maintenues fermées par un cadenas ou un système nécessitant une clé. Si la porte doit être fermée pour des raisons de sécurité physique, un dispositif de déverrouillage automatique en cas d'alarme incendie est obligatoire.

Signalétique des voies de secours : la norme ISO 7010

La signalisation des issues de secours est encadrée par la norme ISO 7010, qui définit les pictogrammes de sécurité utilisés en Europe. En France, son application est renforcée par la norme NF X08-070 pour les plans et panneaux, et par l'arrêté du 4 novembre 1993 pour les lieux de travail.

Le pictogramme incontournable est le E001 (ISO 7010) : la silhouette verte courant vers une porte, accompagnée d'une flèche directionnelle. Ce pictogramme doit figurer :

  • Au-dessus ou à côté de chaque issue de secours
  • En chemin, pour guider vers la sortie la plus proche
  • À chaque changement de direction

La hauteur d'implantation et la taille du panneau dépendent de la distance de perception. Pour une distance de lecture de 10 mètres, la hauteur minimale du pictogramme est de 10 cm. Au-delà, la taille augmente proportionnellement.

Éclairage de sécurité et signalétique : une complémentarité obligatoire

Les panneaux de signalisation des issues de secours doivent rester visibles en cas de coupure d'alimentation électrique. Deux solutions sont admises : le panneau éclairé par un BAES (bloc autonome d'éclairage de sécurité) ou le panneau photoluminescent. Dans les deux cas, la visibilité dans l'obscurité totale est une exigence, pas une option.

Nombre et répartition des sorties : les règles de base

Le nombre de sorties obligatoires dépend de l'effectif accueilli et du type d'établissement. Quelques repères issus du règlement ERP :

  • Jusqu'à 19 personnes : 1 sortie suffisante dans certaines configurations
  • De 20 à 499 personnes : 2 sorties minimum en règle générale
  • À partir de 500 personnes : 3 sorties ou plus selon le calcul d'effectif

Ces chiffres varient selon le type (M pour les commerces, L pour les salles de spectacle, N pour la restauration…) et la configuration architecturale. Une sortie comptabilisée doit avoir une largeur minimale d'une unité de passage (UP), soit environ 0,90 m pour une porte à un vantail.

La répartition dans le bâtiment est également réglementée : les sorties ne doivent pas toutes être regroupées au même endroit, afin qu'un départ de feu localisé n'en bloque pas l'accès simultané. Cette notion de sorties bien réparties est systématiquement vérifiée lors des visites de commission de sécurité.

Voies d'accès pour les secours : ne pas confondre avec les sorties de secours

Les voies et issues de secours pour les occupants ne doivent pas être confondues avec les voies d'accès réservées aux services de secours. Ces dernières — parfois appelées voies engins ou voies échelles — permettent aux sapeurs-pompiers d'approcher le bâtiment avec leurs véhicules et leurs échelles.

Ces voies doivent :

  • Supporter le poids des véhicules de secours (généralement 13 tonnes à l'essieu)
  • Rester dégagées en permanence, y compris la nuit et le week-end
  • Ne pas être obstruées par des véhicules en stationnement non autorisé

À Montpellier comme à Lyon, les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) vérifient ces accès lors de leurs inspections. Un accès bloqué peut retarder l'intervention de plusieurs minutes — un délai critique lors d'un incendie.

Ce que vos plans d'évacuation doivent représenter

Les voies et issues de secours sont des éléments centraux du plan d'évacuation affiché dans vos locaux. Ce plan, obligatoire dans les ERP et recommandé dans tous les lieux de travail, doit faire apparaître clairement :

  • Le tracé de toutes les voies d'évacuation depuis le niveau représenté
  • L'emplacement des issues de secours et des sorties normales utilisées en évacuation
  • La position du point de rassemblement
  • Les équipements de sécurité (extincteurs, déclencheurs manuels d'alarme, BAES)

Un plan mal renseigné — voie de secours manquante, flèche d'évacuation incorrecte, porte de secours non représentée — peut induire les occupants en erreur lors d'une évacuation réelle. C'est pourquoi chaque modification architecturale du bâtiment impose une mise à jour immédiate du plan.

La norme NF X08-070 encadre précisément la conception graphique de ces plans : positionnement du nord, symbologie normalisée, lisibilité à distance. Un plan conforme à cette norme facilite aussi bien l'évacuation des occupants que l'intervention des pompiers.

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